Dans notre nouvelle interview, Delphine Proesmans, Responsable de projets Valorisation & Incarnation Green Mission chez Pierre Fabre, partage le retour d’expérience du groupe, à l’origine du Green Impact Index Consortium, et revient sur les ambitions de cet outil de scoring dédié aux produits cosmétiques, compléments alimentaires et produits de bien-être.
Le Green Impact Index est effectivement une initiative de Pierre Fabre. Cela faisait plus d’une dizaine d’années qu’on travaillait sur les sujets d’éco conception, avec la marque Ducray sur le shampoing extra doux qui est une référence. Tout est parti de là.
Nous avons été dans des groupes de travail France et Europe pour travailler sur ces sujets et nous avons réalisé qu’un outil interne nous manquait, afin d’identifier les critères en lien avec l’écoconception, au début, toutes les réflexions étaient centrées sur l’amélioration interne puis nous avons réfléchi à leur valorisation auprès des parties prenantes en externes.. On a donc travaillé sur les critères qu’il nous semblait intéressant pour identifier les axes de progression et pour répondre aux besoins des consommateurs, et on a aussi intégré l’aspect sociétal.
On s’est dit qu’il était pertinent de valoriser d’autres dimensions complémentaires à l’éco-conception comme le bio, la biodiversité, les dimensions sociétales telles que les engagements portés par les marques, le bien-être animal et plus largement l’ensemble des pratiques vertueuses. . Nous avons donc lancé le Green Impact Index en juin 2021sur une base de 20 critères. Et assez vite, d’autres entreprises nous ont contacté pour échanger sur notre méthodologie.. Certaines avaient déjà imaginé un outil uniquement interne, mais n’étaient pas allés jusqu’à la communication auprès du consommateur.
On a créé un groupe de réflexion et décidé de cadrer la méthodologie via une AFNOR spécification, avec l’objectif d’aller vers une norme, en France puis au niveau européen. 26 entreprises se sont mobilisées, avec 120 experts, pendant 9 mois pour aboutir à une méthodologie plus exigeante sur base d’une 50aine de critères tout en conservant la répartition 80% de critères environnementaux et 20% de critères sociétaux. L’AFNOR Spec 2215 a été publiée en juin 2023.
Ensuite, nous avons constitué l’association, lancé le Green Impact Index par le Consortium puis recruté de nouveaux membres,
Une fois la méthodologie posée, reste la question de sa mise en œuvre concrète et de la fiabilité des données.
Les membres du Consortium disposent d’un outil de calcul leur permettant de renseigner l’ensemble des données et de calculer automatiquement la note. De notre côté, le processus est 100 % automatisé : les experts métiers alimentent la data qui est mise à jour en fonction des évolutions du produit, et la fiche produit est alors actualisée.
Les auditeurs Ecocert ont donc vérifié notre conformité à la méthodologie ainsi que les preuves associées à l’affichage des données. Nous avons déjà eu deux audits. Dans les 6 mois suivant les premières communications sur les produits, un premier audit de 2 jours est réalisé pour sécuriser la fiabilité : échantillonnage de produits notés, entretiens avec les experts métiers (fiabilité des données, fournisseurs, points de contrôle). Des non-conformités mineures ont été identifiées puis régularisées.
En cas de non-conformité mineure, le cahier des charges du consortium impose un second audit 18 mois plus tard. Le RDV est donc pris avec Ecocert !
Le recueil des données nécessaires au calcul de la note GII est le point le plus exigeant, cela demande du temps passé qu’il faut bien évaluer en amont. Faire une cartographie de ce qui manque et ce qu’il est nécessaire d’aller chercher comme donnée pour pourvoir réaliser le calcul GII. Une fois le recueil fait, il faut s’assurer de la qualité de la donnée et veiller à sa mise à jour en fonction des changements opérés sur le produit. C’est un processus vertueux au final car toutes les parties prenantes qu’elle soient internes ou externes montent en compétence.
Par chance, nous travaillons ces sujets depuis longtemps. Aujourd’hui, à date, nous avons 78 % des produits qui sont cotés A ou B, aucun produit n’est noté E. Donc c’est positif, car cela montre qu’on est dans une bonne dynamique et qu’on avait déjà mis en place des choses depuis plusieurs années qui sont objectivables via le GII.
Selon les marques, certaines gammes sont majoritairement notées A ou B, tandis que d’autres ont encore une partie de produits notés C ou D. Et derrière une même lettre, le niveau peut varier : un “C” peut être plus ou moins proche d’un “B” ou d’un “D”. Cette lecture plus fine pousse les marques à faire évoluer leurs produits.
Déjà, certains produits clés sont retravaillés pour obtenir un meilleur score. L’avantage, c’est que le GII permet d’identifier très précisément, par marque, gamme et produit, sur quels critères d’éco-conception concentrer les efforts. C’est un outil très puissant pour piloter les leviers d’amélioration et améliorer les produits. On pourra suivre, dans le temps, l’évolution des marques.
Il faut à minima avoir la communication de la note sur les fiches produit des sites des marques. On y retrouve le détail par critère et toutes les allégations associées. L’intérêt est fort pour le consommateur qui peut avoir accès à toutes les informations.
Une communication peut être aussi réalisée en point de vente, sur les sites de e-commerce, pour valoriser GII auprès des e-retailers. Enfin, nous finalisons la réflexion sur l’affichage de la note sur le packaging car la demande des consommateurs est forte et sommes en train de rédiger la charte de communication pour cadrer cet aspect là auprès des membres.
Choisir le Green Impact Index est ambitieux. Mais cela se fait en plusieurs étapes. On choisit un TOP 5 de produits, un TOP 10, on suit une trajectoire réaliste qui peut être tenue.
Oui, cela représente du temps, mais du temps bien utilisé. Vous anticipez la réglementation et les informations à collecter auprès de vos fournisseurs, vous montez en compétence, identifiez les leviers d’amélioration de l’éco-socio-conception et vous communiquez auprès de vos parties prenantes l’ensemble de vos engagements à travers une note : ce n’est pas du travail dans le vide. C’est exactement ce que les consommateurs attendent - transparence et honnêteté. Tout ça est vertueux, il n’y a pas de raison de ne pas y aller. C’est un véritable outil de transformation des entreprises tout au long de la chaîne de valeur.
Si une entreprise hésite, elle peut tout à fait s’appuyer sur l’AFNOR Spec 2215 et l’utiliser comme feuille de route en attendant d’avoir progresser sur ces aspects.
L’autre possibilité est de rentrer dans le Consortium en tant que membre Observateur, ce qui permet à l’entreprise de tester la méthodologie, l’outil de cotation pendant 1 an avant de décider de devenir membre Actif et de communiquer ses notes ou de sortir du Consortium.
Un témoignage inspirant qui illustre tout l’intérêt d’une démarche fondée sur des données fiables et vérifiées !
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