Le nouveau bâtiment du siège d’Ecocert

23.09.12

Retour sur un élément caractéristique du nouveau siège d'Ecocert : la paille.


Luc Floissac, conseiller environnemental Eco-Etudes et intervenant sur le chantier d’Ecocert nous propose de découvrir les principes et l’histoire des constructions en paille. 

Il est également l’auteur du livre « La construction en paille » paru aux Editions Terre vivante en octobre 2012. Vous pouvez retrouver ce manuel dans la boutique Terre Vivante, L'écologie pratique.

  • Quel type de paille est utilisé ?
    La paille de blé est utilisée majoritairement ce qui est logique puisque c’est la céréale la plus cultivée en France. La ressource est majoritairement locale avec la moitié des approvisionnements qui proviennent de moins de 50 km du site de construction. Sur le projet d’Ecocert, c’est également de la paille de blé, en provenance d’une exploitation bio située à Samatan, à 28km du chantier.
  • Pour quelle utilisation ?
    Le remplissage isolant d’une ossature est la pratique la plus fréquente en France
    Les systèmes constructifs employés sont principalement le remplissage d’ossatures, comme sur le bâtiment d’Ecocert. La paille porteuse représente 10% des bâtiments recensés alors que les autres utilisations (terre-paille, vrac etc..) représentent environ 6% du total.
  • Dans quel cadre de construction ?
    Les logements sont largement majoritaires avec 90% des constructions en paille sachant que la tendance actuelle est à l’accroissement de la part des immeubles tertiaires.
  • Quels types de finitions ?
    Les finitions intérieures et extérieures sont majoritairement sous forme d’enduits.
    Les finitions extérieures sur paille sont majoritairement enduites à 65%  et emploient principalement de la chaux à 66%  La terre est utilisée pour la réalisation d’enduits extérieurs dans 30% des parois enduites et portent donc généralement sur des murs extérieurs protégés des intempéries.
    Coté intérieur, ce sont aussi les enduits 60% qui sont les plus utilisés. Ils sont majoritairement à base de terre pour 48% et à base de chaux pour 45%.

    En Europe, la plus vieille construction en paille est la la Maison Feuillette Bâtie en 1921. Il s’agit en fait du plus ancien bâitment au monde construit en ossature bois et remplissage en bottes de paille. Cette maison est actuellement en vente et une souscription mondiale a été lancée pour sauvegarder la plus ancienne maison en bottes de paille connue d’Europe.
    Pour plus d’informations, vous pouvez vous renseignez sur le site du Réseau Français de la Construction en Paille qui mène de nombreuses actions sur ce système constructif.

> Pour plus de détails, vous pouvez consulter un extrait du livre "La construction en paille" de Luc Floissac en cliquant ici.

En direct du chantier du nouveau siège d'Ecocert.

La paille est mise en œuvre dans le bâtiment après une étape importante de la construction : la mise « hors d’eau », c’est-à-dire que le bâtiment est couvert, et protégé de la pluie. Il est en effet important que la paille reste bien sèche lors de son installation, pour éviter le pourrissement. Si elle est bien protégée, la paille garde ses propriétés isolantes pendant des dizaines d’années.

  • Pose des bottes de paille : technique
    Les bottes font environ 22kg chacune, et de dimensions 110 x 46 x 36cm.
    Lorsque la Tournée du Coq, entreprise de charpente, a réalisé les plans d’exécution du bâtiment en Septembre 2011, les caissons en bois des parois ont été dimensionnés en fonction de ce format de botte. Les caissons sont assemblés en panneaux de fibres de bois, préfabriqués en atelier. Ils sont ouverts côté intérieur afin de recevoir les bottes de paille.

    Les bottes sont posées verticalement dans les caissons afin de faciliter la compression de la paille. On peut en mettre jusqu’à trois les unes sur les autres. Pour les caissons plus petits, notamment sous les fenêtres où les emplacements ne font que 105cm de haut, la paille doit être re-bottelée aux bonnes dimensions. On coupe les ficelles, on retire la paille excédentaire, on presse cette nouvelle botte avec une presse artisanale avant de ficeler à nouveau. Il peut également être nécessaire de tailler mécaniquement les bords latéraux des bottes pour qu’elles rentrent parfaitement dans les caissons.

    Après avoir inséré les bottes, les caissons sont bourrés à la main avec de la paille en vrac. Les caissons sont ensuite fermés avec un pare-vapeur, une sorte de papier kraft qui assurera l’étanchéité à l’air. C’est l’étape cruciale de la fabrication des parois. En effet, les propriétés thermiques des parois ne sont efficaces que si le bâtiment est parfaitement étanche. Le pare-vapeur est ainsi déroulé et fixé en évitant au maximum les découpes et les raccords, qui sont autant de risque de fuite d’air. Ces raccords, malgré tout inévitables, sont fermés avec un adhésif spécial.


    Pour faciliter cette étape, l’équipe de charpente a choisi de ne pas poser une partie des planchers, située contre les parois. Les murs sont ainsi désolidarisés du reste du bâtiment (planchers, poteaux, poutres et noyau central), seulement reliés par quelques points : c’est pourquoi on parle de « façade rideau ».  La face intérieure des murs, sur laquelle doit être posée le pare-vapeur, est ainsi libre sur toute la hauteur du bâtiment. Les lés de pare-vapeur pourront être déroulés sur toute la hauteur des murs, soit 10m à certains endroits.
    Enfin, un panneau de bois en OSB est fixé par-dessus le pare-vapeur, afin d’assurer la rigidité des caissons et la planéité des murs. L’OSB recevra un traitement décoratif de lasure ou d’enduit selon les zones. 


Un premier test d’étanchéité sera réalisé en septembre afin de valider la perméabilité du bâtiment, validant ainsi la conformité de la pose des murs, fenêtres, portes, toitures, isolant, etc. 
 

 

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